Viticulture biodynamique et réchauffement climatique

Publié le 27/07/2022

“De tous les facteurs qui animent un écosystème viticole, le climat est l’un des plus difficiles à gérer pour un viticulteur.” Selon certains experts, le réchauffement climatique pourrait entraîner un anéantissement de 51 à 56% des régions viticoles du monde.1 Sécheresse, stress hydrique, maturation précoce… le cycle viticole2 est plus que jamais menacé par les aléas climatiques. Comment le réchauffement climatique impacte-t-il la vigne ? Quelles en sont les conséquences et comment la biodynamie contribue-t-elle à limiter cet impact ?

Impact du changement climatique sur les vignobles

Rien n’a plus d’impact sur la vigne et le raisin que le climat. Les viticulteurs du monde entier subissent de plein fouet les aléas du réchauffement climatique. Ils enregistrent des températures plus élevées avec des épisodes de sécheresse accrue, ainsi qu’une augmentation du nombre de violents phénomènes météorologiques (pluies torrentielles, grêle, vents et orages violents).

Ces hausses de température ont des répercussions sur le cycle viticole. Il est constaté que la période de débourrement survient plus tôt, et expose les bourgeons nouvellement éclos au risque de gel. Cette précocité est retrouvée à la fin de l’été, au moment de la récolte, avec des vendanges qui ont lieu en moyenne quinze jours plus tôt qu’il y a vingt ans. Le cycle de la vigne est raccourci, et la maturation de ses fruits perturbée.

Sources : Inter-Rhône, ENITA Bordeaux, INRA Colmar, Comité interprofessionnel du vin de Champagne – https://www.ecologie.gouv.fr/impacts-du-changement-climatique-agriculture-et-foret

La modification des caractéristiques aromatiques des cépages et l’augmentation du niveau d’alcool dans le vin sont d’autres conséquences liées au changement climatique. En effet, le stress hydrique, les changements brutaux de températures ou encore le gel, impactent l’équilibre entre le sucre et l’acidité des raisins, et peuvent modifier la palette des arômes. Par exemple, la région Beaujolaise était pendant longtemps qualifiée de région plutôt froide : les producteurs devaient chaptaliser leur récolte (ajout de sucre au cours du processus de vinification) pour obtenir des niveaux d’alcool suffisants. Aujourd’hui, c’est le contraire qui se produit : la hausse des températures augmente le taux d’alcool du vin.

Un autre problème majeur qui survient alors est la difficulté à finaliser les fermentations correctement. Les températures de plus en plus élevées provoquent une baisse de l’azote minéral du sol assimilable par la vigne. Le moût de raisin souffre d’une carence en azote, pourtant nécessaire à la nutrition des levures qui transforment les sucres en alcool. Le vin n’arrive donc pas à aller au bout de sa fermentation alcoolique.

Si le réchauffement climatique met le travail des vignerons et vigneronnes à rude épreuve, la question qui se pose pour garantir la pérennité de leur métier est : comment s’adapter face aux changements climatiques ?

L’agriculture biodynamique comme solution ?

L’élément clé qu’apporte la biodynamie à la vigne est la résilience. Que le réchauffement climatique soit synonyme de sécheresse ou de fortes pluies, les vignes cultivées en biodynamie sont plus à même de puiser dans le sol les éléments nécessaires pour répondre à ces aléas. Grâce à de bonnes pratiques agronomiques, l’utilisation de composts, et des préparations biodynamiques, le viticulteur agit pour revivifier le sol et le rendre plus autonome, plus intelligent. Le sol est riche et vivant, doté d’une incroyable diversité fongique et de bactéries, de flore et de faune, truffé de galeries de lombrics qui favorisent la vie dans le sol et l’infiltration de l’eau de pluie et qui lui permettent de gagner en résilience. De plus, selon une étude3 réalisée par Jean Masson4, les défenses naturelles sont jusqu’à deux fois plus élevées dans les vignes conduites en biodynamie (par rapport à celles en conventionnel), quel que soit le climat et la pression de pathogène et tout particulièrement lors de stress liés au dérèglement climatique.  “Quand le climat est très sec, le sol restitue à la plante de la fraîcheur et lorsqu’il y a un excès hydrique, le sol, grâce à sa malléabilité, permet de tempérer l’excès” explique Pierre-Henri Cosyns, vigneron Demeter dans la région de Bordeaux. 

En parallèle de ce travail sur le sol et les plantes, la biodynamie encourage également le développement de la biodiversité sur les domaines, élément prometteur dans la lutte contre le réchauffement climatique. En effet, sur les domaines labellisés Demeter, 10% de la surface agricole utile doit impérativement être dédiée au développement de la biodiversité. Avec la plantation de haies, l’installation de nichoirs, ou bien la mise en place de rangs de vignes couverts de légumineuses, de céréales, etc. En effet, les couverts végétaux dans les rangs des vignes, vont permettre de mieux séquestrer le carbone atmosphérique dans le sol et donc de diminuer les gaz à effet de serre. Ils permettent également de protéger le sol contre les fortes chaleurs et les rayons solaires en maintenant une température plus basse en surface.

Autour du globe, les témoignages sont unanimes. Les caractéristiques d’un sol travaillé en biodynamie conjuguées à un développement de la biodiversité sur le domaine permettent de mieux appréhender les effets du réchauffement climatique.

“En ce qui concerne le changement climatique, le cadre numéro un est la biodiversité dans un environnement donné. Si la biodiversité augmente, la résilience à tout type de perturbation au sein du système climatique sera plus forte.” explique le Dr Greg Jones, PDG de Abacela Vineyards and Winery, climatologue et terroiriste (Oregon, USA).5


1 Étude réalisée par une équipe internationale de chercheurs, dont des scientifiques français de l’INRAE, publiée dans Proceedings of the National Academy of Sciences (Pnas).

2 Le cycle viticole comprend six phases : dormance hivernale, débourrement précoce du printemps, croissance précoce des pousses et des feuilles au milieu du printemps, floraison et nouaison estivales, véraison et maturation des baies de fin d’été, et vendanges d’automne.

3 https://www.vitisphere.com/actualite-90875-en-biodynamie-les-defenses-naturelles-sont-plus-eleves.html

4Directeur de recherches à l’INRA de Colmar 

5 Interview réalisée par The New Zealand Times


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