Un vigneron président de Demeter France

Frédéric Geschickt, président de Demetre France depuis fin 2016

Depuis fin 2016, l’association Demeter France a un nouveau président: Frédéric Geschickt, vigneron à Ammerschwihr en Alsace.
Il succède à Pierre Delton (boulanger Demeter en région parisienne).
Rencontre avec ce vigneron engagé de longue date dans l’association.

 

1/ Frédéric, peux-tu te présenter ?

Comme bien souvent – mais pas toujours! – je suis arrivé à la viticulture par la force des gènes. Des parents vignerons, les grands parents idem, avant eux un monde agricole plus complet ont tous tracé la voie que mon frère puis moi avons suivi. J’ai bien tenté quelques autres métiers avant de les rejoindre, mais l’appel de la vigne a été le plus fort.

2/ Comment as-tu découvert la biodynamie et qu’a-t-elle apporté sur ton domaine ?

C’est en cherchant une voie alternative au désherbage que j’ai suivi des stages présentant la culture biologique, puis la biodynamie avec François Bouchet. Ma réaction a été double face à cette démarche novatrice: « pourquoi ne m’en a-t-on jamais parlé avant? » et « Il faut au moins qu’on essaie! ». L’aventure est partie comme ça et m’a ouverte a une vision bien plus fine et attentive de la vigne. L’enracinement plus profond des plants, la meilleure structuration des sols, l’augmentation exponentielle de la diversité -faune et flore- ont permis d’avoir un vignoble plus « vital » au sens de la vitalité, pas de la vigueur. Les vins que nous faisons depuis en sont, je l’espère, les fidèles reflets. Notre clientèle actuelle semble les apprécier pour ça.

3/ Pourquoi avoir fait le choix de la certification Demeter, puis de s’investir dans l’association Demeter France ?

Face à une telle aventure, il me semblait dès le départ important de pouvoir en parler. D’où la certification, qui assure que les mots soient pleins de sens et non de vent. Du solide pour l’agriculture, pas juste un baratin commercial. Puis, en entendant Manfred Klett (ancien directeur de la section agricole du Goetheanum), j’ai réalisé que j’avais bénéficié d’un courant de pensées porté par des personnes, des structures sans lesquelles il ne survivrait qu’à peine confidentiellement. L’ascenseur devait être renvoyé pour ceux qui n’avaient pas encore eu ma chance. C’est ainsi que je perçois ma contribution à Demeter, en monnaie et en temps. De plus, Demeter me permet d’être en lien avec l’ensemble d’un monde agricole qui ouvre et enrichi mes points de vue. En devenir administrateur est bien sûr un investissement en temps, mais aussi une façon de porter à mon tour un peu de cette aventure humaine, de placer effort et volonté au-delà du cercle restreint de ma propre existence.

4/ Comment évolue Demeter France ces dernières années ?

L’association Demeter France connaît un beau développement. Le nombre de domaines agricoles et d’entreprises certifiés progresse de 10% par an depuis 10 ans et de près de 20% en 2016. 2017 s’annonce déjà comme une année prometteuse avec de nombreuses structures ayant déjà fait une demande de certification. La diversité des produits certifiés, incluant pourtant une large palette de vins, ne cesse de grandir elle aussi. Ce développement s’accompagne d’embauches régulières (de 2 salariés en 2007, nous sommes aujourd’hui passé à 9), chaque membre de l’équipe apportant ses compétences pour professionnaliser notre travail.

5/ Quelles sont les ambitions et projets actuels de Demeter France ?

Il s’agit d’être bon partout! Mais en faisant les choses dans l’ordre. Le coeur du métier de Demeter France est en premier lieu d’assurer une certification sûre, en adéquation avec les fondements de la biodynamie et de la faire coller avec une réalité de terrain au cœur des fermes. Les cahiers des charges en sont la base. Face à des productions plus complexes, de nouvelles techniques, de nouvelles transformations de produits, il faut rester réactifs et justes.
Mais produire sans vendre de façon satisfaisante est vain. Beaucoup d’efforts sont faits et restent à faire pour faire connaître les productions, organiser les circuits et les filières. Le soutien à ces activités ne peut pas être attendu comme la pluie qui tombe du ciel. Il nous revient de nous organiser, d’être à l’écoute de tous nos partenaires et de construire avec eux l’avenir de la biodynamie en France.