La traction animale : une pratique ancestrale aux résultats éloquents !

La traction animale est une technique ancestrale que certains domaines ont choisi de mettre ou remettre en pratique, souvent pour

l’entretien de la vigne. Faisons le point sur les raisons de ce choix, sur les avantages, les inconvénients mais aussi sur les résultats, au travers des témoignages de deux domaines certifiés Demeter.

Témoignage du domaine Hausherr : Hubert et Heidi Hausherr, vignerons Demeter à Eguisheim (68).

« La formidable relation plusieurs fois millénaire entre l’Homme et le Cheval est incrustée dans nos gènes. Elle se traduit par l’émotion que tout un chacun ressent quand il a l’occasion d’approcher un cheval ou d’écouter une anecdote liée à ce quadrupède. Pour ma part, ce sont les histoires racontées par mon père qui m’ont donné l’envie de travailler avec un cheval dans nos vignes.
Cette envie s’est confirmée après avoir participé en à une formation menée par monsieur Claude Bourguignon sur le thème du sol et des dégâts causés par l’agriculture intensive.

De l’idée à la pratique
De la théorie à la pratique du cheval dans les vignes il y a un grand pas difficile à franchir puisque l’habitude de mener un cheval s’est perdue en une ou deux générations chez tous les vignerons. Le pourquoi résolu il fallait donc répondre au comment !
En septembre 2009 un stage d’éthologie de deux jours et demi chez Pascal Gilles à Labaroche nous permet d’acquérir les bases d’une bonne relation avec le cheval. Puis en octobre 2009 nous achetons notre premier cheval : Skippy, un Auxois !

Apprivoiser l’animal et la technique
Un cheval de trois ans et demi débourré à l’attelage mais un peu jeune pour notre inexpérience de l’époque. Un ami meneur de chevaux de trait nous aide à acquérir les gestes de travail et après des hauts et des bas nous commençons à travailler avec Skippy dans les vignes.
Au bout de cinq ans, nous avons réussi à étoffer notre matériel viticole à traction équine et en plus des charrues de buttage et décavaillonnage nous avons également une charrue à disques, une charrue pour sortir le bois de taille, une herse, un rolofaca pour l’enherbement naturel, un pulvérisateur, une poudreuse, une luge pour sortir la vendange, un train-avant pour atteler une remorque et quelques vieilles charrues.

Tous ces travaux, nous ont incités à acheter un deuxième cheval pour ménager Skippy et faire des rotations. Après plusieurs essais infructueux pour diverses raisons, nous faisons l’acquisition ce printemps de Sirus, un Ardennais.

Une évolution positive
La relation entre un meneur et son cheval doit être semblable à celle entre un chef d’équipe et ses ouvriers. Le cheval est un animal très sensible et si le lien fonctionne bien, cela va au-delà d’une relation de travail. Ce lien nous le sentons évoluer (positivement !) de jour en jour. Nous sommes totalement et volontairement pris dans ce raisonnement et pour nous il n’y a que des avantages à la traction équine :
–    Economiquement, un cheval est de 15 à 20 fois moins cher qu’un tracteur.
–    La plupart du temps, le matériel est fait d’anciens outils modifiés.
–    Le harnachement est un investissement quasi à vie.
–    Quand le cheval ne travaille pas, nous le mettons au pré où il peut évoluer « librement » et si besoin nous complétons avec du foin.
–    Pas ou très peu de soucis de santé donc !
–    Agronomiquement, pas de compactage du sol et la présence d’un animal apporte de l’équilibre à la plante.
–    Socialement, le cheval fait parler les humains et les apaisent.
Le temps passé avec nos chevaux au travail et au pré, fatal inconvénient pour certaines personnes, est devenu pour nous un rythme naturel bien plus sain que celui de la course à qui mieux mieux !»

Témoignage du domaine Bret : Jean-Philippe, Jean-Guillaume et Marc-Antoine BRET (EARL de la Soufrandière), vignerons Demeter à Vinzelles (71).

«En 2000 lorsque nous avons repris les rênes du domaine exploité jusqu’à lors par des métayers (en culture conventionnelle), il nous paraissait évident de convertir nos vignes à la culture biodynamique.

En 2008, nous décidons d’intégrer l’approche animale dans nos vignes, cette dernière étant souvent absente à notre goût dans la « biodynamie moderne » appliquée au vignoble aujourd’hui.

Laurent Janaudy, avec l’aide de sa comtoise dénommée Coquette travaillent les sols sur près de 20% de notre vignoble de 6 Ha.

Après 6 ans de pratique les résultats sont éloquents. Sur le même terroir, au rang près les sols travaillés au cheval obtiennent une plus grande diversité de plantes, les vignes sont plus vigoureuses et saines, le feuillage est plus brillant et les vins sont vibrants.

Nous souhaitons, dans les années à venir augmenter notre surface travaillée au cheval sur notre domaine, apportant encore plus cette notion d’empreinte animale sur nos terroirs.

Enfin, au-delà de la biodynamie, nous aimons ce partage intime qui existe et perdure entre les hommes et les bêtes.»

Crédit photo : Jean-Marie Defrance